GR 20
  

GR 20






, France
le 10/07/2017

 


Calenzana, mardi 11 juillet

La Californie n'a pas voulu de moi, donc j'ai pris la décision de retrouver douze années plus tard le GR 20 Corse. La partie Sud est difficile et les premières étapes longues et acrobatiques ( escalade sur les rochers et ascension constante). De Castelneza jusqu'au premier refuge, 1300 mètres de dénivelé. 
Grand moment de solitude dans les premières heures. Chaleur écrasante, sac de seize kilos sur le dos, et rythme à trouver après toutes ces années. Trouver son souffle, boire régulièrement et laisser ses pensées errer au fur et à mesure du sentier. Léger malaise après l'escalade, repos, et repartir car rien ni personne ne me poussera. Comment se connaitre, comment se reconnaitre après douze années passées. Physiquement , le corps suit ses habitudes mais n'est jamais loin d'une surprise. J'ai déjà arpenté  et affronté les sommets Himalayens, les déserts Marocains et Mauritaniens , les pentes et la Toundra du Yukon, l'Alaska, le Québec et ses parcs de Gaspésie. Rien ne se ressemble et croire que l'on peut retrouver après chaque défi une même assurance relève plutôt de l'insouciance. On peut donc se tromper, prendre une voie qui ne nous corresponds plus, et s'apercevoir de son erreur. Choisir lucidement n'est  pas de tout repos. Préparer ces voyages demande du temps, de la persévérance et de l'imagination. Mais une fois le projet réalisé et en passe d'être vécu, en voilà une autre affaire! Alors, si tout semble flou, si la réalité se révèle dangereuse et trop aléatoire, il faut prendre sa décision. Mais n'en est-il pas ainsi au quotidien ? Nos choix se prennent bien souvent sans trop réfléchir et coulent de source pour bien des situations. Mais si vient soudain quelque évènement inattendu , notre faculté de jugement s'en vient déstabilisée.
Repos sur le refuge, tente installée, bouteille de gaz inutilisable avec mon détendeur Canadien et vociférations lointaines de nos voisins Allemands.
Pas de marmots ici, c'est bien trop difficile de les amener dans ce coin perdu et inaccessible aux poussettes et tables à langer ! 
Je prépare le repas et espère une belle nuit montagneuse sous les étoiles.
(Pas moyen de m'endormir avant onze heure et demie ! L'altitude, le thé de quatre heures ?)

12 juillet,
Refuge de Carozzu



Autre grande étape, ponctuée d'escalade , de descentes glissantes et acrobatiques qui m'envoient deux fois par terre. Quelques éraflures mais rien de cassé. On monte, on descend, on escalade ( un gars derrière moi me pousse pour m'aider à franchir un rocher qui m'emmène moi et mon sac en arrière) et l'on marche constamment sur la pierraille. Étape trop longue qui a raison de moi au  bout des six heures quarante  de dénivelé constant. Mes jambes ne me portent plus et surtout ne supportent plus le poids de mon sac. Je refais un malaise, tête qui tourne, mal de tête et épuisement total en cette fin de parcours. J'arrive éreinté au refuge, au bout de mon énergie vitale. Cheville tordue deux fois et il est évident que sur ce terrain, mes chaussures montantes auraient été plus adaptées. Maintenant, deux gars m'ont croisés hier en chaussures trail, et en train de courir !
Je flanque mon sac à terre sur un emplacement pour bivouac et vais m'acquitter du droit d'entrée. Trop fatigué pour monter la tente, je sors mon matelas et pose ma viande défraîchis.   
Quelques Moments plus tard, je fais le point de la journée. 
Je ne veux pas me retrouver sur le passage du cirque de la solitude dans un état physique amoindris. Les nombreux points représentent un danger évident. J'en ai passé  plusieurs aujourd'hui et en mesure les risques. Glissades qui peut devenir fatale. Bref, je vais faire une autre étape et sortir du GR. Aujourd'hui,  les infrastructures ont changées : des tentes Quechua sont installées et préparées pour ceux qui n'ont pas de tente. Le ravitaillement est plus généreux et l'on peut à mon avis se passer du poids de ces éléments. Ce qui enlève du coup l'aspect aventure, et intègre une population avide d'expérience, tout en combinant l'esprit fête que je fuis absolument. Voilà donc, pour ceux et celles qui voudraient s'y frotter, de bons conseils de préparation. Autre point, on subit plutôt les timings de durée de journée de randonnée , obligé de stopper ou d'aller jusqu'au bout des refuges. 
 Pas eu trop le temps de réfléchir aujourd'hui, pris par l'attention de chaque passage délicat et la durée plombant les pensées.
Dommage, et il va me falloir retrouver ce rythme qui m'amène sur les hauteurs ou le long des rivages et qui me laissent l'ouverture d'avenir méditatifs apaisés.
Trouver l'équilibre et ne pas se tromper de chemin. Nous cherchons  tous cela, à notre manière, parfois maladroitement, parfois étonnamment et soudain ement.


 


13 juillet, refuge d'Asco
Longue étape (six heures) , très technique sur des passages d'accroches entre deux cols où l'adrénaline fonctionne bien. S'agripper , trouver des prises, et quand il faut y aller en marche arrière , deviner ses appuis sans se laisser emporter par le poids de mon sac. Nous nous suivons les uns les autres et je ne suis pas mécontent d'arriver avant ceux partis bien avant moi. J'en double quelques uns mais garde raison .
Par deux fois, je loupe le sentier. La première, un couple engagé avec moi conforte nos doutes car plus de signe rouge et blanc depuis. Pas normal. Aprës vérifications, nous remontons et retrouvons  plus haut la bonne voie. La deuxième, perdu dans mes pensées, assoiffé car plus d' d'eau depuis une demie heure et à la fin du parcours, un jeune m'interpelle et m'indique la bonne voie. Je remonte péniblement et retrouve une nouvelle fois la balise. Merci à toi l'ami. Majoritairement , la populace de pratiquants du  GR se compose  principalement d'Allemands, Italiens,  jeunes Français, et quelques d'autres faisant partie de la la nouvelle tribu des Ko-Lanta du GR20. J'en croise trois pas plus vieux que Luc, venant du Sud, frais comme des gardons, remonter les deux dernières étapes et conclure leur challenge.
Dommage que la propreté et le respect des lieux ne soit pas toujours suivis par chacun. Malgré les consignes de rangement dans les refuges, certains laissent délibérément leurs ustensiles prêtés  épars et non vidés. Comme dit un petit mot placé au dessus des réchauds : " ce n'est pas ta mère ou ta femme qui le fera"!.
Bravo à nos amis Canadiens qui surpassent de très loin les attentions de cette éducation. Je suis étonné que l'on ne recense pas plus d'accidents ici, compte tenu de la difficulté du terrain et du peu d'équipements dont sont porteurs les randonneurs à la journée : baskets et très léger sac à dos.
Je viens de faire le tour du propriétaire de ce corps que je trimballe depuis pas mal d'années : encore des éraflures, douleurs aux épaules, cou, mains et pieds. Deux ampoules et une grosse fatigue. Continuer ainsi me parait dangereux. L'étape du cirque de la solitude est fermée depuis 2015  suite aux cinq randonneurs qui y ont trouvé la mort. La déviation annonce un parcours de huit heures !
Plus loin, je suis en terrain connu et rien ne me pousse à réitérer ce programme. Je comprends ces jeunes, enthousiastes et surement très fier d'arriver au bout de ce long et pénible périple. Même après vingt cinq, trente ans, l'on cherche les repères que l'on veut déverrouiller. Ceci forge le soi, complète et nourrit  les bases de l'existence. Et ne pas craindre l'échec, tout au moins et sinon plus, source d'enseignement. Il m'est arrivé  d'arrêter tout dans mes projets, et j'en ai toujours retiré des bénéfices plus tard. Ah, il est vrai que l'on est un peu penaud quand on rentre chez soi avec juste une image furtive délavée,  et que l'on prête aux regards de chacun  un petit espoir d'encouragement. Mais c'est en son fort intérieur que vient la source qui ne tarit jamais.Elle est vive dans la jeunesse, impétueuse et tortueuse dans l'adolescence, fluide et droite à l'âge adulte, et calme et apaisée quand pointe l'âge où le crépuscule approche.

14 juillet

Je passe de l'action acharnée, au repos complet et à une pause qui m'envoie à un changement de rythme inattendu. Je peux faire mon yoga face à la montagne et méditer plus tranquillement. Puis à nouveau pliage de tente, rangement fastidieux pour que chaque ustensile trouve sa place au fond su sac, sur les côtés, en dessous, etc, etc. Il m'en coute de dérouiller mes muscles plutôt endoloris et chaque mouvement se fait au rythme de l'astronaute sur la Lune. Le plat lyophilisée que j'ai mangé hier soir me reste sur l'estomac : un gratin dauphinois trop laitier et trop aillé.
Cap sur Bastia.
 
 

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